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	<title>Le Côté de Guermantes/Partie 3 - Historique des versions</title>
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	<updated>2026-05-06T20:02:45Z</updated>
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		<title>Marton Horvath le 9 octobre 2020 à 16:14</title>
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		<updated>2020-10-09T16:14:28Z</updated>

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Un traducteur de talent n’a qu’à ajouter à un Ancien qu’il restitue plus ou moins fidèlement, des morceaux qui, signés d’un nom contemporain et publiés à part, paraîtraient seulement agréables&amp;amp;#160;: aussitôt il donne une émouvante grandeur à son poète, lequel joue ainsi sur le clavier de plusieurs siècles. Ce traducteur n’était capable que d’un livre médiocre, si ce livre eût été publié comme un original de lui. Donné pour une traduction, il semble celle d’un chef-d’œuvre. Le passé non seulement n’est pas fugace, il reste sur place. Ce n’est pas seulement des mois après le commencement d’une guerre que des lois votées sans hâte peuvent agir efficacement sur elle, ce n’est pas seulement quinze&amp;amp;#32;&amp;lt;span&amp;gt;&amp;lt;span class=&amp;quot;pagenum ws-pagenum&amp;quot; id=&amp;quot;49&amp;quot; title=&amp;quot;Page:Proust - À la recherche du temps perdu édition 1919 tome 8.djvu/51&amp;quot;&amp;gt;&amp;lt;/span&amp;gt;&amp;lt;/span&amp;gt;ans après un crime resté obscur qu’un magistrat peut encore trouver les éléments qui serviront à l’éclaircir&amp;amp;#160;; après des siècles et des siècles, le savant qui étudie dans une région lointaine la toponymie, les coutumes des habitants, pourra saisir encore en elles telle légende bien antérieure au christianisme, déjà incomprise, sinon même oubliée au temps d’Hérodote et qui dans l’appellation donnée à une roche, dans un rite religieux, demeure au milieu du présent comme une émanation plus dense, immémoriale et stable. Il y en avait une aussi, bien moins antique, émanation de la vie de cour, sinon dans les manières souvent vulgaires de M. de Guermantes, du moins dans l’esprit qui les dirigeait. Je devais la goûter encore, comme une odeur ancienne, quand je la retrouvai un peu plus tard au salon. Car je n’y étais pas allé tout de suite.&lt;/div&gt;&lt;/td&gt;&lt;td class='diff-marker'&gt; &lt;/td&gt;&lt;td style=&quot;background-color: #f8f9fa; color: #202122; font-size: 88%; border-style: solid; border-width: 1px 1px 1px 4px; border-radius: 0.33em; border-color: #eaecf0; vertical-align: top; white-space: pre-wrap;&quot;&gt;&lt;div&gt;&amp;lt;/p&amp;gt;&amp;lt;p&amp;gt;Cet éloignement imaginaire du passé est peut-être une des raisons qui permettront de comprendre que même de grands écrivains aient trouvé une beauté géniale aux œuvres de médiocres mystificateurs comme Ossian. Nous sommes si étonnés que des bardes lointains puissent avoir des idées modernes, que nous nous émerveillons si, dans ce que nous croyons un vieux chant gaélique, nous en rencontrons une que nous n’eussions trouvée qu’ingénieuse chez un contemporain. Un traducteur de talent n’a qu’à ajouter à un Ancien qu’il restitue plus ou moins fidèlement, des morceaux qui, signés d’un nom contemporain et publiés à part, paraîtraient seulement agréables&amp;amp;#160;: aussitôt il donne une émouvante grandeur à son poète, lequel joue ainsi sur le clavier de plusieurs siècles. Ce traducteur n’était capable que d’un livre médiocre, si ce livre eût été publié comme un original de lui. Donné pour une traduction, il semble celle d’un chef-d’œuvre. Le passé non seulement n’est pas fugace, il reste sur place. Ce n’est pas seulement des mois après le commencement d’une guerre que des lois votées sans hâte peuvent agir efficacement sur elle, ce n’est pas seulement quinze&amp;amp;#32;&amp;lt;span&amp;gt;&amp;lt;span class=&amp;quot;pagenum ws-pagenum&amp;quot; id=&amp;quot;49&amp;quot; title=&amp;quot;Page:Proust - À la recherche du temps perdu édition 1919 tome 8.djvu/51&amp;quot;&amp;gt;&amp;lt;/span&amp;gt;&amp;lt;/span&amp;gt;ans après un crime resté obscur qu’un magistrat peut encore trouver les éléments qui serviront à l’éclaircir&amp;amp;#160;; après des siècles et des siècles, le savant qui étudie dans une région lointaine la toponymie, les coutumes des habitants, pourra saisir encore en elles telle légende bien antérieure au christianisme, déjà incomprise, sinon même oubliée au temps d’Hérodote et qui dans l’appellation donnée à une roche, dans un rite religieux, demeure au milieu du présent comme une émanation plus dense, immémoriale et stable. Il y en avait une aussi, bien moins antique, émanation de la vie de cour, sinon dans les manières souvent vulgaires de M. de Guermantes, du moins dans l’esprit qui les dirigeait. Je devais la goûter encore, comme une odeur ancienne, quand je la retrouvai un peu plus tard au salon. Car je n’y étais pas allé tout de suite.&lt;/div&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
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Cette fête au bord de l’eau&amp;amp;#32;&amp;lt;span&amp;gt;&amp;lt;span class=&amp;quot;pagenum ws-pagenum&amp;quot; id=&amp;quot;52&amp;quot; title=&amp;quot;Page:Proust - À la recherche du temps perdu édition 1919 tome 8.djvu/54&amp;quot;&amp;gt;&amp;lt;/span&amp;gt;&amp;lt;/span&amp;gt;avait quelque chose d’enchanteur. La rivière, les robes des femmes, les voiles des barques, les reflets innombrables des unes et des autres voisinaient parmi ce carré de peinture qu’Elstir avait découpé dans une merveilleuse après-midi. Ce qui ravissait dans la robe d’une femme cessant un moment de danser, à cause de la chaleur et de l’essoufflement, était chatoyant aussi, et de la même manière, dans la toile d’une voile arrêtée, dans l’eau du petit port, dans le ponton de bois, dans les feuillages et dans le ciel. Comme dans un des tableaux que j’avais vus à Balbec, l’hôpital, aussi beau sous son ciel de lapis que la cathédrale elle-même, semblait, plus hardi qu’Elstir théoricien, qu’Elstir homme de goût et amoureux du moyen âge, chanter&amp;amp;#160;: «&amp;amp;#160;Il n’y a pas de gothique, il n’y a pas de chef-d’œuvre, l’hôpital sans style vaut le glorieux portail&amp;amp;#160;», de même j’entendais&amp;amp;#160;: «&amp;amp;#160;La dame un peu vulgaire qu’un dilettante en promenade éviterait de regarder, excepterait du tableau poétique que la nature compose devant lui, cette femme est belle aussi, sa robe reçoit la même lumière que la voile du bateau, et il n’y a pas de choses plus ou moins précieuses, la robe commune et la voile en elle-même jolie sont deux miroirs du même reflet, tout le prix est dans les regards du peintre.&amp;amp;#160;» Or celui-ci avait su immortellement arrêter le mouvement des heures à cet instant lumineux où la dame avait eu chaud et avait cessé de danser, où l’arbre était cerné d’un pourtour d’ombre, où les voiles semblaient glisser sur un vernis d’or. Mais justement parce que l’instant pesait sur nous avec tant de force, cette toile si fixée donnait l’impression la plus fugitive, on sentait que la dame allait bientôt s’en retourner, les bateaux disparaître, l’ombre changer de place, la nuit venir, que le plaisir finit, que la vie passe et que les instants, montrés à la fois par tant de lumières qui y voisinent ensemble, ne se retrouvent pas. Je reconnaissais encore un aspect, tout autre il est vrai, de ce qu’est l’instant, dans &amp;amp;#32;&amp;lt;span&amp;gt;&amp;lt;span class=&amp;quot;pagenum ws-pagenum&amp;quot; id=&amp;quot;53&amp;quot; title=&amp;quot;Page:Proust - À la recherche du temps perdu édition 1919 tome 8.djvu/55&amp;quot;&amp;gt;&amp;lt;/span&amp;gt;&amp;lt;/span&amp;gt;quelques aquarelles à sujets mythologiques, datant des débuts d’Elstir et dont était aussi orné ce salon. Les gens du monde «&amp;amp;#160;avancés&amp;amp;#160;» allaient «&amp;amp;#160;jusqu’à&amp;amp;#160;» cette manière-là, mais pas plus loin. Ce n’était certes pas ce qu’Elstir avait fait de mieux, mais déjà la sincérité avec laquelle le sujet avait été pensé ôtait sa froideur. C’est ainsi que, par exemple, les Muses étaient représentées comme le seraient des êtres appartenant à une espèce fossile mais qu’il n’eût pas été rare, aux temps mythologiques, de voir passer le soir, par deux ou par trois, le long de quelque sentier montagneux. Quelquefois un poète, d’une race ayant aussi une individualité particulière pour un zoologiste (caractérisée par une certaine insexualité), se promenait avec une Muse, comme, dans la nature, des créatures d’espèces différentes mais amies et qui vont de compagnie. Dans une de ces aquarelles, on voyait un poète épuisé d’une longue course en montagne, qu’un Centaure, qu’il a rencontré, touché de sa fatigue, prend sur son dos et ramène. Dans plus d’une autre, l’immense paysage (où la scène mythique, les héros fabuleux tiennent une place minuscule et sont comme perdus) est rendu, des sommets à la mer, avec une exactitude qui donne plus que l’heure, jusqu’à la minute qu’il est, grâce au degré précis du déclin du soleil, à la fidélité fugitive des ombres. Par là l’artiste donne, en l’instantanéisant, une sorte de réalité historique vécue au symbole de la fable, le peint, et le relate au passé défini.&lt;/div&gt;&lt;/td&gt;&lt;td class='diff-marker'&gt; &lt;/td&gt;&lt;td style=&quot;background-color: #f8f9fa; color: #202122; font-size: 88%; border-style: solid; border-width: 1px 1px 1px 4px; border-radius: 0.33em; border-color: #eaecf0; vertical-align: top; white-space: pre-wrap;&quot;&gt;&lt;div&gt;&amp;lt;/p&amp;gt;&amp;lt;p&amp;gt;Je fus émus de retrouver dans deux tableaux (plus réalistes, ceux-là, et d’une manière antérieure) un même monsieur, une fois en frac dans son salon, une autre fois en veston et en chapeau haut de forme dans une fête populaire au bord de l’eau où il n’avait évidemment que faire, et qui prouvait que pour Elstir il n’était pas seulement un modèle habituel, mais un ami, peut-être un protecteur, qu’il aimait, comme autrefois Carpaccio tels seigneurs notoires — et parfaitement ressemblants — de Venise, à faire figurer dans ses peintures&amp;amp;#160;; de même encore que Beethoven trouvait du plaisir à inscrire en tête d’une œuvre préférée le nom chéri de l’archiduc Rodolphe. Cette fête au bord de l’eau&amp;amp;#32;&amp;lt;span&amp;gt;&amp;lt;span class=&amp;quot;pagenum ws-pagenum&amp;quot; id=&amp;quot;52&amp;quot; title=&amp;quot;Page:Proust - À la recherche du temps perdu édition 1919 tome 8.djvu/54&amp;quot;&amp;gt;&amp;lt;/span&amp;gt;&amp;lt;/span&amp;gt;avait quelque chose d’enchanteur. La rivière, les robes des femmes, les voiles des barques, les reflets innombrables des unes et des autres voisinaient parmi ce carré de peinture qu’Elstir avait découpé dans une merveilleuse après-midi. Ce qui ravissait dans la robe d’une femme cessant un moment de danser, à cause de la chaleur et de l’essoufflement, était chatoyant aussi, et de la même manière, dans la toile d’une voile arrêtée, dans l’eau du petit port, dans le ponton de bois, dans les feuillages et dans le ciel. Comme dans un des tableaux que j’avais vus à Balbec, l’hôpital, aussi beau sous son ciel de lapis que la cathédrale elle-même, semblait, plus hardi qu’Elstir théoricien, qu’Elstir homme de goût et amoureux du moyen âge, chanter&amp;amp;#160;: «&amp;amp;#160;Il n’y a pas de gothique, il n’y a pas de chef-d’œuvre, l’hôpital sans style vaut le glorieux portail&amp;amp;#160;», de même j’entendais&amp;amp;#160;: «&amp;amp;#160;La dame un peu vulgaire qu’un dilettante en promenade éviterait de regarder, excepterait du tableau poétique que la nature compose devant lui, cette femme est belle aussi, sa robe reçoit la même lumière que la voile du bateau, et il n’y a pas de choses plus ou moins précieuses, la robe commune et la voile en elle-même jolie sont deux miroirs du même reflet, tout le prix est dans les regards du peintre.&amp;amp;#160;» Or celui-ci avait su immortellement arrêter le mouvement des heures à cet instant lumineux où la dame avait eu chaud et avait cessé de danser, où l’arbre était cerné d’un pourtour d’ombre, où les voiles semblaient glisser sur un vernis d’or. Mais justement parce que l’instant pesait sur nous avec tant de force, cette toile si fixée donnait l’impression la plus fugitive, on sentait que la dame allait bientôt s’en retourner, les bateaux disparaître, l’ombre changer de place, la nuit venir, que le plaisir finit, que la vie passe et que les instants, montrés à la fois par tant de lumières qui y voisinent ensemble, ne se retrouvent pas. Je reconnaissais encore un aspect, tout autre il est vrai, de ce qu’est l’instant, dans &amp;amp;#32;&amp;lt;span&amp;gt;&amp;lt;span class=&amp;quot;pagenum ws-pagenum&amp;quot; id=&amp;quot;53&amp;quot; title=&amp;quot;Page:Proust - À la recherche du temps perdu édition 1919 tome 8.djvu/55&amp;quot;&amp;gt;&amp;lt;/span&amp;gt;&amp;lt;/span&amp;gt;quelques aquarelles à sujets mythologiques, datant des débuts d’Elstir et dont était aussi orné ce salon. Les gens du monde «&amp;amp;#160;avancés&amp;amp;#160;» allaient «&amp;amp;#160;jusqu’à&amp;amp;#160;» cette manière-là, mais pas plus loin. Ce n’était certes pas ce qu’Elstir avait fait de mieux, mais déjà la sincérité avec laquelle le sujet avait été pensé ôtait sa froideur. C’est ainsi que, par exemple, les Muses étaient représentées comme le seraient des êtres appartenant à une espèce fossile mais qu’il n’eût pas été rare, aux temps mythologiques, de voir passer le soir, par deux ou par trois, le long de quelque sentier montagneux. Quelquefois un poète, d’une race ayant aussi une individualité particulière pour un zoologiste (caractérisée par une certaine insexualité), se promenait avec une Muse, comme, dans la nature, des créatures d’espèces différentes mais amies et qui vont de compagnie. Dans une de ces aquarelles, on voyait un poète épuisé d’une longue course en montagne, qu’un Centaure, qu’il a rencontré, touché de sa fatigue, prend sur son dos et ramène. Dans plus d’une autre, l’immense paysage (où la scène mythique, les héros fabuleux tiennent une place minuscule et sont comme perdus) est rendu, des sommets à la mer, avec une exactitude qui donne plus que l’heure, jusqu’à la minute qu’il est, grâce au degré précis du déclin du soleil, à la fidélité fugitive des ombres. Par là l’artiste donne, en l’instantanéisant, une sorte de réalité historique vécue au symbole de la fable, le peint, et le relate au passé défini.&lt;/div&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
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		<author><name>Marton Horvath</name></author>
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		<title>Marton Horvath : A protégé « Le Côté de Guermantes/Partie 3 » ([Modifier=Autoriser uniquement les administrateurs] (infini) [Renommer=Autoriser uniquement les administrateurs] (infini))</title>
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		<updated>2020-10-09T16:09:33Z</updated>

		<summary type="html">&lt;p&gt;A protégé « &lt;a href=&quot;/w/index.php/Le_C%C3%B4t%C3%A9_de_Guermantes/Partie_3&quot; title=&quot;Le Côté de Guermantes/Partie 3&quot;&gt;Le Côté de Guermantes/Partie 3&lt;/a&gt; » ([Modifier=Autoriser uniquement les administrateurs] (infini) [Renommer=Autoriser uniquement les administrateurs] (infini))&lt;/p&gt;
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		<title>Marton Horvath le 9 octobre 2020 à 16:08</title>
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C’est qu’en général, plus le temps qui nous sépare de ce que nous nous proposons est court, plus il nous semble long, parce que nous lui appliquons des mesures plus brèves ou simplement parce que nous songeons à le mesurer. La papauté, dit-on, compte par siècles, et peut-être même ne songe pas à compter, parce que son but est à l’infini. Le mien étant seulement à la distance de trois jours, je comptais par secondes, je me livrais à ces imaginations qui sont des commencements de caresses, de caresses qu’on enrage de ne pouvoir faire achever par la femme elle-même (ces caresses-là précisément, à l’exclusion de toutes autres). Et en somme, s’il est vrai qu’en général la difficulté d’atteindre l’objet d’un désir l’accroît (la difficulté, non l’impossibilité, car cette dernière le supprime), pourtant pour un désir tout physique, la certitude qu’il sera réalisé à un moment prochain et déterminé n’est guère moins exaltante que l’incertitude&amp;amp;#160;; presque autant que le doute anxieux, l’absence de doute rend intolérable l’attente du plaisir infaillible parce qu’elle fait de cette attente un accomplissement innombrable et, par la fréquence des représentations anticipées, divise le temps en tranches aussi menues que ferait l’angoisse.&amp;amp;#32;&amp;lt;span&amp;gt;&amp;lt;span class=&amp;quot;pagenum ws-pagenum&amp;quot; id=&amp;quot;8&amp;quot; title=&amp;quot;Page:Proust - À la recherche du temps perdu édition 1919 tome 8.djvu/10&amp;quot;&amp;gt;&amp;lt;/span&amp;gt;&amp;lt;/span&amp;gt;&lt;/div&gt;&lt;/td&gt;&lt;td class='diff-marker'&gt;+&lt;/td&gt;&lt;td style=&quot;color: #202122; font-size: 88%; border-style: solid; border-width: 1px 1px 1px 4px; border-radius: 0.33em; border-color: #a3d3ff; vertical-align: top; white-space: pre-wrap;&quot;&gt;&lt;div&gt;&amp;lt;p style=&amp;quot;text-align:justify;&amp;quot;&amp;gt;&amp;lt;span style=&amp;quot;font-size:0; line-height:0; display:block&amp;quot; class=&amp;quot;lettrine&amp;quot;&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&amp;lt;/span&amp;gt;&amp;lt;span style=&amp;quot;display:block;position:relative;float:left;margin:0;margin-right:.25em;top:0;left:0;min-width:4.15em;height:4.15em;overflow:hidden;background:transparent;&amp;quot;&amp;gt;&amp;lt;span style=&amp;quot;display:block;position:absolute;margin:0 auto;top:;left:0;min-width:1.25em;height:1.25em;overflow:hidden;font-family:serif;font-style:normal;font-weight:bold;font-variant:normal;font-size:3.32em;line-height:1.25;text-indent:0;vertical-align:top;text-align:center;&amp;quot;&amp;gt;L&amp;lt;/span&amp;gt;&amp;lt;/span&amp;gt;&amp;lt;span class=&amp;quot;sc&amp;quot;&amp;gt;es&amp;lt;/span&amp;gt; jours qui précédèrent mon dîner avec &amp;lt;abbr class=&amp;quot;abbr&amp;quot; title=&amp;quot;Madame&amp;quot;&amp;gt;M&amp;lt;sup style=&amp;quot;font-size:70%&amp;quot;&amp;gt;me&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/abbr&amp;gt; de Stermaria me furent, non pas délicieux, mais insupportables. C’est qu’en général, plus le temps qui nous sépare de ce que nous nous proposons est court, plus il nous semble long, parce que nous lui appliquons des mesures plus brèves ou simplement parce que nous songeons à le mesurer. La papauté, dit-on, compte par siècles, et peut-être même ne songe pas à compter, parce que son but est à l’infini. Le mien étant seulement à la distance de trois jours, je comptais par secondes, je me livrais à ces imaginations qui sont des commencements de caresses, de caresses qu’on enrage de ne pouvoir faire achever par la femme elle-même (ces caresses-là précisément, à l’exclusion de toutes autres). Et en somme, s’il est vrai qu’en général la difficulté d’atteindre l’objet d’un désir l’accroît (la difficulté, non l’impossibilité, car cette dernière le supprime), pourtant pour un désir tout physique, la certitude qu’il sera réalisé à un moment prochain et déterminé n’est guère moins exaltante que l’incertitude&amp;amp;#160;; presque autant que le doute anxieux, l’absence de doute rend intolérable l’attente du plaisir infaillible parce qu’elle fait de cette attente un accomplissement innombrable et, par la fréquence des représentations anticipées, divise le temps en tranches aussi menues que ferait l’angoisse.&amp;amp;#32;&amp;lt;span&amp;gt;&amp;lt;span class=&amp;quot;pagenum ws-pagenum&amp;quot; id=&amp;quot;8&amp;quot; title=&amp;quot;Page:Proust - À la recherche du temps perdu édition 1919 tome 8.djvu/10&amp;quot;&amp;gt;&amp;lt;/span&amp;gt;&amp;lt;/span&amp;gt;&lt;/div&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
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Posséder &amp;lt;abbr class=&amp;quot;abbr&amp;quot; title=&amp;quot;Madame&amp;quot;&amp;gt;M&amp;lt;sup style=&amp;quot;font-size:70%&amp;quot;&amp;gt;me&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/abbr&amp;gt; de Stermaria dans l’île du Bois de Boulogne où je l’avais invitée à dîner, tel était le plaisir que j’imaginais à toute minute. Il eût été naturellement détruit, si j’avais dîné dans cette île sans &amp;lt;abbr class=&amp;quot;abbr&amp;quot; title=&amp;quot;Madame&amp;quot;&amp;gt;M&amp;lt;sup style=&amp;quot;font-size:70%&amp;quot;&amp;gt;me&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/abbr&amp;gt; de Stermaria&amp;amp;#160;; mais peut-être aussi fort diminué, en dînant, même avec elle, ailleurs. Du reste, les attitudes selon lesquelles on se figure un plaisir sont préalables à la femme, au genre de femmes qui convient pour cela. Elles le commandent, et aussi le lieu&amp;amp;#160;; et à cause de cela font revenir alternativement, dans notre capricieuse pensée, telle femme, tel site, telle chambre qu’en d’autres semaines nous eussions dédaignés. Filles de l’attitude, telles femmes ne vont pas sans le grand lit où on trouve la paix à leur côté, et d’autres, pour être caressées avec une intention plus secrète, veulent les feuilles au vent, les eaux dans la nuit, sont légères et fuyantes autant qu’elles.&lt;/div&gt;&lt;/td&gt;&lt;td class='diff-marker'&gt; &lt;/td&gt;&lt;td style=&quot;background-color: #f8f9fa; color: #202122; font-size: 88%; border-style: solid; border-width: 1px 1px 1px 4px; border-radius: 0.33em; border-color: #eaecf0; vertical-align: top; white-space: pre-wrap;&quot;&gt;&lt;div&gt;&amp;lt;/p&amp;gt;&amp;lt;p style=&amp;quot;text-align:justify;&amp;quot;&amp;gt;Ce qu’il me fallait, c’était posséder &amp;lt;abbr class=&amp;quot;abbr&amp;quot; title=&amp;quot;Madame&amp;quot;&amp;gt;M&amp;lt;sup style=&amp;quot;font-size:70%&amp;quot;&amp;gt;me&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/abbr&amp;gt; de Stermaria car depuis plusieurs jours, avec une activité incessante mes désirs avaient préparé ce plaisir-là, dans mon imagination, et ce plaisir seul, un autre (le plaisir avec une autre) n’eût pas, lui, été prêt, le plaisir n’étant que la réalisation d’une envie préalable et qui n’est pas toujours la même, qui change selon les mille combinaisons de la rêverie, les hasards du souvenir, l’état du tempérament, l’ordre de disponibilité des désirs dont les derniers exaucés se reposent jusqu’à ce qu’ait été un peu oubliée la déception de l’accomplissement&amp;amp;#160;; je n’eusse pas été prêt, j’avais déjà quitté la grande route des désirs généraux et m’étais engagé dans le sentier d’un désir particulier&amp;amp;#160;; il aurait fallu, pour désirer un autre rendez-vous, revenir de trop loin pour rejoindre la grande route et prendre un autre sentier. Posséder &amp;lt;abbr class=&amp;quot;abbr&amp;quot; title=&amp;quot;Madame&amp;quot;&amp;gt;M&amp;lt;sup style=&amp;quot;font-size:70%&amp;quot;&amp;gt;me&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/abbr&amp;gt; de Stermaria dans l’île du Bois de Boulogne où je l’avais invitée à dîner, tel était le plaisir que j’imaginais à toute minute. Il eût été naturellement détruit, si j’avais dîné dans cette île sans &amp;lt;abbr class=&amp;quot;abbr&amp;quot; title=&amp;quot;Madame&amp;quot;&amp;gt;M&amp;lt;sup style=&amp;quot;font-size:70%&amp;quot;&amp;gt;me&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/abbr&amp;gt; de Stermaria&amp;amp;#160;; mais peut-être aussi fort diminué, en dînant, même avec elle, ailleurs. Du reste, les attitudes selon lesquelles on se figure un plaisir sont préalables à la femme, au genre de femmes qui convient pour cela. 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C’est aux bords du lac qui conduisent à cette île et le long desquels, dans les dernières semaines de l’été, vont se promener les Parisiennes qui ne sont pas encore parties, que, ne sachant plus où la retrouver, et si même elle n’a pas déjà quitté Paris, on erre avec l’espoir de voir passer la jeune fille dont on est tombé amoureux dans le dernier bal de l’année, qu’on ne pourra plus retrouver dans aucune soirée avant le printemps suivant. Se sentant à la veille, peut-être au lendemain du départ de l’être aimé, on suit au bord de l’eau frémissante ces belles allées où déjà une première feuille rouge fleurit comme une dernière rose, on scrute cet horizon où, par un artifice inverse à celui de ces panoramas sous la rotonde desquels les personnages en cire du premier plan donnent à la toile peinte du fond l’apparence illusoire de la profondeur et du volume, nos yeux passant sans transition du parc cultivé aux hauteurs naturelles de Meudon et du mont Valérien ne savent pas où mettre une frontière, et font entrer la vraie campagne dans l’œuvre du jardinage dont ils projettent bien au delà d’elle-même l’agrément artificiel&amp;amp;#160;; ainsi ces oiseaux rares élevés en liberté dans un jardin botanique et qui chaque jour, au gré de leurs promenades ailées, vont poser jusque dans les bois limitrophes une note exotique. Entre la dernière fête de l’été et l’exil de l’hiver, on parcourt anxieusement ce royaume romanesque des rencontres incertaines et des mélancolies amoureuses, et on ne serait pas plus surpris qu’il fût situé hors de l’univers géographique que si à Versailles, au haut de la terrasse, observatoire autour duquel les nuages s’accumulent contre le ciel bleu dans le style de Van der Meulen, après s’être ainsi élevé en dehors de la nature, on apprenait que là où elle recommence, au bout du grand canal, les villages qu’on ne peut distinguer, à l’horizon éblouissant comme la mer, s’appellent Fleurus ou Nimègue.&amp;amp;#32;&amp;lt;span&amp;gt;&amp;lt;span class=&amp;quot;pagenum ws-pagenum&amp;quot; id=&amp;quot;10&amp;quot; title=&amp;quot;Page:Proust - À la recherche du temps perdu édition 1919 tome 8.djvu/12&amp;quot;&amp;gt;&amp;lt;/span&amp;gt;&amp;lt;/span&amp;gt;&lt;/div&gt;&lt;/td&gt;&lt;td class='diff-marker'&gt; &lt;/td&gt;&lt;td style=&quot;background-color: #f8f9fa; color: #202122; font-size: 88%; border-style: solid; border-width: 1px 1px 1px 4px; border-radius: 0.33em; border-color: #eaecf0; vertical-align: top; white-space: pre-wrap;&quot;&gt;&lt;div&gt;&amp;lt;/p&amp;gt;&amp;lt;p style=&amp;quot;text-align:justify;&amp;quot;&amp;gt;Sans doute déjà, bien avant d’avoir reçu la lettre de Saint-Loup, et quand il ne s’agissait pas encore de &amp;lt;abbr class=&amp;quot;abbr&amp;quot; title=&amp;quot;Madame&amp;quot;&amp;gt;M&amp;lt;sup style=&amp;quot;font-size:70%&amp;quot;&amp;gt;me&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/abbr&amp;gt; de Stermaria, l’île du Bois m’avait semblé faite pour le plaisir parce que je m’étais trouvé aller y goûter&amp;amp;#32;&amp;lt;span&amp;gt;&amp;lt;span class=&amp;quot;pagenum ws-pagenum&amp;quot; id=&amp;quot;9&amp;quot; title=&amp;quot;Page:Proust - À la recherche du temps perdu édition 1919 tome 8.djvu/11&amp;quot;&amp;gt;&amp;lt;/span&amp;gt;&amp;lt;/span&amp;gt;la tristesse de n’en avoir aucun à y abriter. 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Se sentant à la veille, peut-être au lendemain du départ de l’être aimé, on suit au bord de l’eau frémissante ces belles allées où déjà une première feuille rouge fleurit comme une dernière rose, on scrute cet horizon où, par un artifice inverse à celui de ces panoramas sous la rotonde desquels les personnages en cire du premier plan donnent à la toile peinte du fond l’apparence illusoire de la profondeur et du volume, nos yeux passant sans transition du parc cultivé aux hauteurs naturelles de Meudon et du mont Valérien ne savent pas où mettre une frontière, et font entrer la vraie campagne dans l’œuvre du jardinage dont ils projettent bien au delà d’elle-même l’agrément artificiel&amp;amp;#160;; ainsi ces oiseaux rares élevés en liberté dans un jardin botanique et qui chaque jour, au gré de leurs promenades ailées, vont poser jusque dans les bois limitrophes une note exotique. 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		<author><name>Marton Horvath</name></author>
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		<title>Marton Horvath le 9 octobre 2020 à 16:00</title>
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		<updated>2020-10-09T16:00:24Z</updated>

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C’est qu’en général, plus le temps qui nous sépare de ce que nous nous proposons est court, plus il nous semble long, parce que nous lui appliquons des mesures plus brèves ou simplement parce que nous songeons à le mesurer. La papauté, dit-on, compte par siècles, et peut-être même ne songe pas à compter, parce que son but est à l’infini. Le mien étant seulement à la distance de trois jours, je comptais par secondes, je me livrais à ces imaginations qui sont des commencements de caresses, de caresses qu’on enrage de ne pouvoir faire achever par la femme elle-même (ces caresses-là précisément, à l’exclusion de toutes autres). Et en somme, s’il est vrai qu’en général la difficulté d’atteindre l’objet d’un désir l’accroît (la difficulté, non l’impossibilité, car cette dernière le supprime), pourtant pour un désir tout physique, la certitude qu’il sera réalisé à un moment prochain et déterminé n’est guère moins exaltante que l’incertitude&amp;amp;#160;; presque autant que le doute anxieux, l’absence de doute rend intolérable l’attente du plaisir infaillible parce qu’elle fait de cette attente un accomplissement innombrable et, par la fréquence des représentations anticipées, divise le temps en tranches aussi menues que ferait l’angoisse.&amp;amp;#32;&amp;lt;span&amp;gt;&amp;lt;span class=&amp;quot;pagenum ws-pagenum&amp;quot; id=&amp;quot;8&amp;quot; title=&amp;quot;Page:Proust - À la recherche du temps perdu édition 1919 tome 8.djvu/10&amp;quot;&amp;gt;&amp;lt;/span&amp;gt;&amp;lt;/span&amp;gt;&lt;/div&gt;&lt;/td&gt;&lt;td class='diff-marker'&gt;+&lt;/td&gt;&lt;td style=&quot;color: #202122; font-size: 88%; border-style: solid; border-width: 1px 1px 1px 4px; border-radius: 0.33em; border-color: #a3d3ff; vertical-align: top; white-space: pre-wrap;&quot;&gt;&lt;div&gt;&amp;lt;p &lt;ins class=&quot;diffchange diffchange-inline&quot;&gt;style=&amp;quot;text-&lt;/ins&gt;align:&amp;quot;justify&lt;ins class=&quot;diffchange diffchange-inline&quot;&gt;;&lt;/ins&gt;&amp;quot;&amp;gt;&amp;lt;span style=&amp;quot;font-size:0; line-height:0; display:block&amp;quot; class=&amp;quot;lettrine&amp;quot;&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&amp;lt;/span&amp;gt;&amp;lt;span style=&amp;quot;display:block;position:relative;float:left;margin:0;margin-right:.25em;top:0;left:0;min-width:4.15em;height:4.15em;overflow:hidden;background:transparent;&amp;quot;&amp;gt;&amp;lt;span style=&amp;quot;display:block;position:absolute;margin:0 auto;top:;left:0;min-width:1.25em;height:1.25em;overflow:hidden;font-family:serif;font-style:normal;font-weight:bold;font-variant:normal;font-size:3.32em;line-height:1.25;text-indent:0;vertical-align:top;text-align:center;&amp;quot;&amp;gt;L&amp;lt;/span&amp;gt;&amp;lt;/span&amp;gt;&amp;lt;span class=&amp;quot;sc&amp;quot;&amp;gt;es&amp;lt;/span&amp;gt; jours qui précédèrent mon dîner avec &amp;lt;abbr class=&amp;quot;abbr&amp;quot; title=&amp;quot;Madame&amp;quot;&amp;gt;M&amp;lt;sup style=&amp;quot;font-size:70%&amp;quot;&amp;gt;me&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/abbr&amp;gt; de Stermaria me furent, non pas délicieux, mais insupportables. C’est qu’en général, plus le temps qui nous sépare de ce que nous nous proposons est court, plus il nous semble long, parce que nous lui appliquons des mesures plus brèves ou simplement parce que nous songeons à le mesurer. La papauté, dit-on, compte par siècles, et peut-être même ne songe pas à compter, parce que son but est à l’infini. Le mien étant seulement à la distance de trois jours, je comptais par secondes, je me livrais à ces imaginations qui sont des commencements de caresses, de caresses qu’on enrage de ne pouvoir faire achever par la femme elle-même (ces caresses-là précisément, à l’exclusion de toutes autres). Et en somme, s’il est vrai qu’en général la difficulté d’atteindre l’objet d’un désir l’accroît (la difficulté, non l’impossibilité, car cette dernière le supprime), pourtant pour un désir tout physique, la certitude qu’il sera réalisé à un moment prochain et déterminé n’est guère moins exaltante que l’incertitude&amp;amp;#160;; presque autant que le doute anxieux, l’absence de doute rend intolérable l’attente du plaisir infaillible parce qu’elle fait de cette attente un accomplissement innombrable et, par la fréquence des représentations anticipées, divise le temps en tranches aussi menues que ferait l’angoisse.&amp;amp;#32;&amp;lt;span&amp;gt;&amp;lt;span class=&amp;quot;pagenum ws-pagenum&amp;quot; id=&amp;quot;8&amp;quot; title=&amp;quot;Page:Proust - À la recherche du temps perdu édition 1919 tome 8.djvu/10&amp;quot;&amp;gt;&amp;lt;/span&amp;gt;&amp;lt;/span&amp;gt;&lt;/div&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
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C’est aux bords du lac qui conduisent à cette île et le long desquels, dans les dernières semaines de l’été, vont se promener les Parisiennes qui ne sont pas encore parties, que, ne sachant plus où la retrouver, et si même elle n’a pas déjà quitté Paris, on erre avec l’espoir de voir passer la jeune fille dont on est tombé amoureux dans le dernier bal de l’année, qu’on ne pourra plus retrouver dans aucune soirée avant le printemps suivant. Se sentant à la veille, peut-être au lendemain du départ de l’être aimé, on suit au bord de l’eau frémissante ces belles allées où déjà une première feuille rouge fleurit comme une dernière rose, on scrute cet horizon où, par un artifice inverse à celui de ces panoramas sous la rotonde desquels les personnages en cire du premier plan donnent à la toile peinte du fond l’apparence illusoire de la profondeur et du volume, nos yeux passant sans transition du parc cultivé aux hauteurs naturelles de Meudon et du mont Valérien ne savent pas où mettre une frontière, et font entrer la vraie campagne dans l’œuvre du jardinage dont ils projettent bien au delà d’elle-même l’agrément artificiel&amp;amp;#160;; ainsi ces oiseaux rares élevés en liberté dans un jardin botanique et qui chaque jour, au gré de leurs promenades ailées, vont poser jusque dans les bois limitrophes une note exotique. Entre la dernière fête de l’été et l’exil de l’hiver, on parcourt anxieusement ce royaume romanesque des rencontres incertaines et des mélancolies amoureuses, et on ne serait pas plus surpris qu’il fût situé hors de l’univers géographique que si à Versailles, au haut de la terrasse, observatoire autour duquel les nuages s’accumulent contre le ciel bleu dans le style de Van der Meulen, après s’être ainsi élevé en dehors de la nature, on apprenait que là où elle recommence, au bout du grand canal, les villages qu’on ne peut distinguer, à l’horizon éblouissant comme la mer, s’appellent Fleurus ou Nimègue.&amp;amp;#32;&amp;lt;span&amp;gt;&amp;lt;span class=&amp;quot;pagenum ws-pagenum&amp;quot; id=&amp;quot;10&amp;quot; title=&amp;quot;Page:Proust - À la recherche du temps perdu édition 1919 tome 8.djvu/12&amp;quot;&amp;gt;&amp;lt;/span&amp;gt;&amp;lt;/span&amp;gt;&lt;/div&gt;&lt;/td&gt;&lt;td class='diff-marker'&gt; &lt;/td&gt;&lt;td style=&quot;background-color: #f8f9fa; color: #202122; font-size: 88%; border-style: solid; border-width: 1px 1px 1px 4px; border-radius: 0.33em; border-color: #eaecf0; vertical-align: top; white-space: pre-wrap;&quot;&gt;&lt;div&gt;&amp;lt;/p&amp;gt;&amp;lt;p style=&amp;quot;text-align:justify;&amp;quot;&amp;gt;Sans doute déjà, bien avant d’avoir reçu la lettre de Saint-Loup, et quand il ne s’agissait pas encore de &amp;lt;abbr class=&amp;quot;abbr&amp;quot; title=&amp;quot;Madame&amp;quot;&amp;gt;M&amp;lt;sup style=&amp;quot;font-size:70%&amp;quot;&amp;gt;me&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/abbr&amp;gt; de Stermaria, l’île du Bois m’avait semblé faite pour le plaisir parce que je m’étais trouvé aller y goûter&amp;amp;#32;&amp;lt;span&amp;gt;&amp;lt;span class=&amp;quot;pagenum ws-pagenum&amp;quot; id=&amp;quot;9&amp;quot; title=&amp;quot;Page:Proust - À la recherche du temps perdu édition 1919 tome 8.djvu/11&amp;quot;&amp;gt;&amp;lt;/span&amp;gt;&amp;lt;/span&amp;gt;la tristesse de n’en avoir aucun à y abriter. C’est aux bords du lac qui conduisent à cette île et le long desquels, dans les dernières semaines de l’été, vont se promener les Parisiennes qui ne sont pas encore parties, que, ne sachant plus où la retrouver, et si même elle n’a pas déjà quitté Paris, on erre avec l’espoir de voir passer la jeune fille dont on est tombé amoureux dans le dernier bal de l’année, qu’on ne pourra plus retrouver dans aucune soirée avant le printemps suivant. Se sentant à la veille, peut-être au lendemain du départ de l’être aimé, on suit au bord de l’eau frémissante ces belles allées où déjà une première feuille rouge fleurit comme une dernière rose, on scrute cet horizon où, par un artifice inverse à celui de ces panoramas sous la rotonde desquels les personnages en cire du premier plan donnent à la toile peinte du fond l’apparence illusoire de la profondeur et du volume, nos yeux passant sans transition du parc cultivé aux hauteurs naturelles de Meudon et du mont Valérien ne savent pas où mettre une frontière, et font entrer la vraie campagne dans l’œuvre du jardinage dont ils projettent bien au delà d’elle-même l’agrément artificiel&amp;amp;#160;; ainsi ces oiseaux rares élevés en liberté dans un jardin botanique et qui chaque jour, au gré de leurs promenades ailées, vont poser jusque dans les bois limitrophes une note exotique. Entre la dernière fête de l’été et l’exil de l’hiver, on parcourt anxieusement ce royaume romanesque des rencontres incertaines et des mélancolies amoureuses, et on ne serait pas plus surpris qu’il fût situé hors de l’univers géographique que si à Versailles, au haut de la terrasse, observatoire autour duquel les nuages s’accumulent contre le ciel bleu dans le style de Van der Meulen, après s’être ainsi élevé en dehors de la nature, on apprenait que là où elle recommence, au bout du grand canal, les villages qu’on ne peut distinguer, à l’horizon éblouissant comme la mer, s’appellent Fleurus ou Nimègue.&amp;amp;#32;&amp;lt;span&amp;gt;&amp;lt;span class=&amp;quot;pagenum ws-pagenum&amp;quot; id=&amp;quot;10&amp;quot; title=&amp;quot;Page:Proust - À la recherche du temps perdu édition 1919 tome 8.djvu/12&amp;quot;&amp;gt;&amp;lt;/span&amp;gt;&amp;lt;/span&amp;gt;&lt;/div&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
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		<author><name>Marton Horvath</name></author>
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		<title>Marton Horvath le 9 octobre 2020 à 15:59</title>
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		<updated>2020-10-09T15:59:57Z</updated>

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C’est qu’en général, plus le temps qui nous sépare de ce que nous nous proposons est court, plus il nous semble long, parce que nous lui appliquons des mesures plus brèves ou simplement parce que nous songeons à le mesurer. La papauté, dit-on, compte par siècles, et peut-être même ne songe pas à compter, parce que son but est à l’infini. Le mien étant seulement à la distance de trois jours, je comptais par secondes, je me livrais à ces imaginations qui sont des commencements de caresses, de caresses qu’on enrage de ne pouvoir faire achever par la femme elle-même (ces caresses-là précisément, à l’exclusion de toutes autres). Et en somme, s’il est vrai qu’en général la difficulté d’atteindre l’objet d’un désir l’accroît (la difficulté, non l’impossibilité, car cette dernière le supprime), pourtant pour un désir tout physique, la certitude qu’il sera réalisé à un moment prochain et déterminé n’est guère moins exaltante que l’incertitude&amp;amp;#160;; presque autant que le doute anxieux, l’absence de doute rend intolérable l’attente du plaisir infaillible parce qu’elle fait de cette attente un accomplissement innombrable et, par la fréquence des représentations anticipées, divise le temps en tranches aussi menues que ferait l’angoisse.&amp;amp;#32;&amp;lt;span&amp;gt;&amp;lt;span class=&amp;quot;pagenum ws-pagenum&amp;quot; id=&amp;quot;8&amp;quot; title=&amp;quot;Page:Proust - À la recherche du temps perdu édition 1919 tome 8.djvu/10&amp;quot;&amp;gt;&amp;lt;/span&amp;gt;&amp;lt;/span&amp;gt;&lt;/div&gt;&lt;/td&gt;&lt;td class='diff-marker'&gt;+&lt;/td&gt;&lt;td style=&quot;color: #202122; font-size: 88%; border-style: solid; border-width: 1px 1px 1px 4px; border-radius: 0.33em; border-color: #a3d3ff; vertical-align: top; white-space: pre-wrap;&quot;&gt;&lt;div&gt;&amp;lt;p align:&lt;ins class=&quot;diffchange diffchange-inline&quot;&gt;&amp;quot;&lt;/ins&gt;justify&amp;quot;&amp;gt;&amp;lt;span style=&amp;quot;font-size:0; line-height:0; display:block&amp;quot; class=&amp;quot;lettrine&amp;quot;&amp;gt;&amp;lt;br /&amp;gt;&amp;lt;/span&amp;gt;&amp;lt;span style=&amp;quot;display:block;position:relative;float:left;margin:0;margin-right:.25em;top:0;left:0;min-width:4.15em;height:4.15em;overflow:hidden;background:transparent;&amp;quot;&amp;gt;&amp;lt;span style=&amp;quot;display:block;position:absolute;margin:0 auto;top:;left:0;min-width:1.25em;height:1.25em;overflow:hidden;font-family:serif;font-style:normal;font-weight:bold;font-variant:normal;font-size:3.32em;line-height:1.25;text-indent:0;vertical-align:top;text-align:center;&amp;quot;&amp;gt;L&amp;lt;/span&amp;gt;&amp;lt;/span&amp;gt;&amp;lt;span class=&amp;quot;sc&amp;quot;&amp;gt;es&amp;lt;/span&amp;gt; jours qui précédèrent mon dîner avec &amp;lt;abbr class=&amp;quot;abbr&amp;quot; title=&amp;quot;Madame&amp;quot;&amp;gt;M&amp;lt;sup style=&amp;quot;font-size:70%&amp;quot;&amp;gt;me&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/abbr&amp;gt; de Stermaria me furent, non pas délicieux, mais insupportables. 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Posséder &amp;lt;abbr class=&amp;quot;abbr&amp;quot; title=&amp;quot;Madame&amp;quot;&amp;gt;M&amp;lt;sup style=&amp;quot;font-size:70%&amp;quot;&amp;gt;me&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/abbr&amp;gt; de Stermaria dans l’île du Bois de Boulogne où je l’avais invitée à dîner, tel était le plaisir que j’imaginais à toute minute. Il eût été naturellement détruit, si j’avais dîné dans cette île sans &amp;lt;abbr class=&amp;quot;abbr&amp;quot; title=&amp;quot;Madame&amp;quot;&amp;gt;M&amp;lt;sup style=&amp;quot;font-size:70%&amp;quot;&amp;gt;me&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/abbr&amp;gt; de Stermaria&amp;amp;#160;; mais peut-être aussi fort diminué, en dînant, même avec elle, ailleurs. Du reste, les attitudes selon lesquelles on se figure un plaisir sont préalables à la femme, au genre de femmes qui convient pour cela. Elles le commandent, et aussi le lieu&amp;amp;#160;; et à cause de cela font revenir alternativement, dans notre capricieuse pensée, telle femme, tel site, telle chambre qu’en d’autres semaines nous eussions dédaignés. Filles de l’attitude, telles femmes ne vont pas sans le grand lit où on trouve la paix à leur côté, et d’autres, pour être caressées avec une intention plus secrète, veulent les feuilles au vent, les eaux dans la nuit, sont légères et fuyantes autant qu’elles.&lt;/div&gt;&lt;/td&gt;&lt;td class='diff-marker'&gt; &lt;/td&gt;&lt;td style=&quot;background-color: #f8f9fa; color: #202122; font-size: 88%; border-style: solid; border-width: 1px 1px 1px 4px; border-radius: 0.33em; border-color: #eaecf0; vertical-align: top; white-space: pre-wrap;&quot;&gt;&lt;div&gt;&amp;lt;/p&amp;gt;&amp;lt;p style=&amp;quot;text-align:justify;&amp;quot;&amp;gt;Ce qu’il me fallait, c’était posséder &amp;lt;abbr class=&amp;quot;abbr&amp;quot; title=&amp;quot;Madame&amp;quot;&amp;gt;M&amp;lt;sup style=&amp;quot;font-size:70%&amp;quot;&amp;gt;me&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/abbr&amp;gt; de Stermaria car depuis plusieurs jours, avec une activité incessante mes désirs avaient préparé ce plaisir-là, dans mon imagination, et ce plaisir seul, un autre (le plaisir avec une autre) n’eût pas, lui, été prêt, le plaisir n’étant que la réalisation d’une envie préalable et qui n’est pas toujours la même, qui change selon les mille combinaisons de la rêverie, les hasards du souvenir, l’état du tempérament, l’ordre de disponibilité des désirs dont les derniers exaucés se reposent jusqu’à ce qu’ait été un peu oubliée la déception de l’accomplissement&amp;amp;#160;; je n’eusse pas été prêt, j’avais déjà quitté la grande route des désirs généraux et m’étais engagé dans le sentier d’un désir particulier&amp;amp;#160;; il aurait fallu, pour désirer un autre rendez-vous, revenir de trop loin pour rejoindre la grande route et prendre un autre sentier. 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C’est aux bords du lac qui conduisent à cette île et le long desquels, dans les dernières semaines de l’été, vont se promener les Parisiennes qui ne sont pas encore parties, que, ne sachant plus où la retrouver, et si même elle n’a pas déjà quitté Paris, on erre avec l’espoir de voir passer la jeune fille dont on est tombé amoureux dans le dernier bal de l’année, qu’on ne pourra plus retrouver dans aucune soirée avant le printemps suivant. Se sentant à la veille, peut-être au lendemain du départ de l’être aimé, on suit au bord de l’eau frémissante ces belles allées où déjà une première feuille rouge fleurit comme une dernière rose, on scrute cet horizon où, par un artifice inverse à celui de ces panoramas sous la rotonde desquels les personnages en cire du premier plan donnent à la toile peinte du fond l’apparence illusoire de la profondeur et du volume, nos yeux passant sans transition du parc cultivé aux hauteurs naturelles de Meudon et du mont Valérien ne savent pas où mettre une frontière, et font entrer la vraie campagne dans l’œuvre du jardinage dont ils projettent bien au delà d’elle-même l’agrément artificiel&amp;amp;#160;; ainsi ces oiseaux rares élevés en liberté dans un jardin botanique et qui chaque jour, au gré de leurs promenades ailées, vont poser jusque dans les bois limitrophes une note exotique. Entre la dernière fête de l’été et l’exil de l’hiver, on parcourt anxieusement ce royaume romanesque des rencontres incertaines et des mélancolies amoureuses, et on ne serait pas plus surpris qu’il fût situé hors de l’univers géographique que si à Versailles, au haut de la terrasse, observatoire autour duquel les nuages s’accumulent contre le ciel bleu dans le style de Van der Meulen, après s’être ainsi élevé en dehors de la nature, on apprenait que là où elle recommence, au bout du grand canal, les villages qu’on ne peut distinguer, à l’horizon éblouissant comme la mer, s’appellent Fleurus ou Nimègue.&amp;amp;#32;&amp;lt;span&amp;gt;&amp;lt;span class=&amp;quot;pagenum ws-pagenum&amp;quot; id=&amp;quot;10&amp;quot; title=&amp;quot;Page:Proust - À la recherche du temps perdu édition 1919 tome 8.djvu/12&amp;quot;&amp;gt;&amp;lt;/span&amp;gt;&amp;lt;/span&amp;gt;&lt;/div&gt;&lt;/td&gt;&lt;td class='diff-marker'&gt; &lt;/td&gt;&lt;td style=&quot;background-color: #f8f9fa; color: #202122; font-size: 88%; border-style: solid; border-width: 1px 1px 1px 4px; border-radius: 0.33em; border-color: #eaecf0; vertical-align: top; white-space: pre-wrap;&quot;&gt;&lt;div&gt;&amp;lt;/p&amp;gt;&amp;lt;p style=&amp;quot;text-align:justify;&amp;quot;&amp;gt;Sans doute déjà, bien avant d’avoir reçu la lettre de Saint-Loup, et quand il ne s’agissait pas encore de &amp;lt;abbr class=&amp;quot;abbr&amp;quot; title=&amp;quot;Madame&amp;quot;&amp;gt;M&amp;lt;sup style=&amp;quot;font-size:70%&amp;quot;&amp;gt;me&amp;lt;/sup&amp;gt;&amp;lt;/abbr&amp;gt; de Stermaria, l’île du Bois m’avait semblé faite pour le plaisir parce que je m’étais trouvé aller y goûter&amp;amp;#32;&amp;lt;span&amp;gt;&amp;lt;span class=&amp;quot;pagenum ws-pagenum&amp;quot; id=&amp;quot;9&amp;quot; title=&amp;quot;Page:Proust - À la recherche du temps perdu édition 1919 tome 8.djvu/11&amp;quot;&amp;gt;&amp;lt;/span&amp;gt;&amp;lt;/span&amp;gt;la tristesse de n’en avoir aucun à y abriter. C’est aux bords du lac qui conduisent à cette île et le long desquels, dans les dernières semaines de l’été, vont se promener les Parisiennes qui ne sont pas encore parties, que, ne sachant plus où la retrouver, et si même elle n’a pas déjà quitté Paris, on erre avec l’espoir de voir passer la jeune fille dont on est tombé amoureux dans le dernier bal de l’année, qu’on ne pourra plus retrouver dans aucune soirée avant le printemps suivant. Se sentant à la veille, peut-être au lendemain du départ de l’être aimé, on suit au bord de l’eau frémissante ces belles allées où déjà une première feuille rouge fleurit comme une dernière rose, on scrute cet horizon où, par un artifice inverse à celui de ces panoramas sous la rotonde desquels les personnages en cire du premier plan donnent à la toile peinte du fond l’apparence illusoire de la profondeur et du volume, nos yeux passant sans transition du parc cultivé aux hauteurs naturelles de Meudon et du mont Valérien ne savent pas où mettre une frontière, et font entrer la vraie campagne dans l’œuvre du jardinage dont ils projettent bien au delà d’elle-même l’agrément artificiel&amp;amp;#160;; ainsi ces oiseaux rares élevés en liberté dans un jardin botanique et qui chaque jour, au gré de leurs promenades ailées, vont poser jusque dans les bois limitrophes une note exotique. Entre la dernière fête de l’été et l’exil de l’hiver, on parcourt anxieusement ce royaume romanesque des rencontres incertaines et des mélancolies amoureuses, et on ne serait pas plus surpris qu’il fût situé hors de l’univers géographique que si à Versailles, au haut de la terrasse, observatoire autour duquel les nuages s’accumulent contre le ciel bleu dans le style de Van der Meulen, après s’être ainsi élevé en dehors de la nature, on apprenait que là où elle recommence, au bout du grand canal, les villages qu’on ne peut distinguer, à l’horizon éblouissant comme la mer, s’appellent Fleurus ou Nimègue.&amp;amp;#32;&amp;lt;span&amp;gt;&amp;lt;span class=&amp;quot;pagenum ws-pagenum&amp;quot; id=&amp;quot;10&amp;quot; title=&amp;quot;Page:Proust - À la recherche du temps perdu édition 1919 tome 8.djvu/12&amp;quot;&amp;gt;&amp;lt;/span&amp;gt;&amp;lt;/span&amp;gt;&lt;/div&gt;&lt;/td&gt;&lt;/tr&gt;
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		<title>Marton Horvath le 9 octobre 2020 à 15:57</title>
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		<title>Marton Horvath le 9 octobre 2020 à 15:56</title>
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'''[[Oeuvre de::Marcel Proust]]'''&amp;lt;br&amp;gt;&lt;br /&gt;
'''[[Partie de::Le Côté de Guermantes]] (1920-1921)'''&amp;lt;br&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;small&amp;gt;Gallimard, 1921 (Volume 8 : Le Côté de Guermantes (3), p. 7-261).&amp;lt;/small&amp;gt;&amp;lt;br&amp;gt;&lt;br /&gt;
&amp;lt;span style=&amp;quot;float:left;&amp;quot;&amp;gt;[[Le Côté de Guermantes/Partie 2|◄ Deuxième partie]]&amp;lt;/span&amp;gt;&lt;br /&gt;
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